La sécurité du pêcheur du bord

La pratique de la pêche consiste avant toute considération technique à «utiliser» un élément qui n'est pas celui de l'homme et qui peut très rapidement devenir hostile : la mer.

Les années de pratique sont bien sûr utiles pour la connaissance d'un secteur mais il ne faudrait jamais se laisser aller à l'idée que l'expérience constitue un rempart contre le danger. Ce dernier prend des formes multiples, depuis la perte de matériel (toujours regrettable), jusqu'à la chute à la mer du pêcheur (malheureusement souvent tragique) en passant par l'entorse de cheville.
 
 Les risques "génériques" (surf , lancer, pêche à pied) 

Au risque de paraître enfoncer des portes ouvertes, il n'est pas inutile de rappeler que :

  • Les mouvements de marée sont par endroits extrêmement rapides et peuvent provoquer des courants violents;
  • sur une portion de côte, les conditions météorologiques peuvent changer radicalement en quelques minutes : passage d'un grain, arrivée d'une chape de brume de chaleur...

A eux seuls, ces deux facteurs peuvent en un instant transformer ce qui était attendu comme une partie de plaisir en un épisode angoissant.
 La première précaution consiste, comme pour les sorties en montagne, à avertir son entourage du lieu approximatif de la sortie et de l'heure prévue de retour.

Une fois sur le spot, il faut toujours anticiper dans son positionnement les mouvements de marée dans l'heure qui va suivre et un éventuel retournement de conjoncture météorologique.

Il faut éviter les spots auxquels on accède en traversant une baïne profonde : rappeler vous que la vision qu'on a de jour, au soleil en maillot de bain lors d'une reconnaissance à marée basse ne correspond pas exactement à ce qu'on peut vivre lors d'une évacuation semi-nocturne, en waders, après quelques heures de pêche, avec quelques kilos de matériels sur le dos et sous la pluie.

En sortie nocturne ou lorsque la météo n'est pas « engageante » (baromètre à la baisse, coup de vent en formation, orages...), les risques sont décuplés et on doit redoubler de vigilance. Dans ces conditions, on peut considérer que sortir seul constitue déjà une première imprudence.

On voit de plus en plus de pêcheurs emporter leur téléphone portable sur leur lieu de pêche. Dès lors que sa présence ne transforme pas le spot en standard téléphonique, il constitue un important élément de sécurisation pour appeler d'éventuels secours ou avertir son entourage d'un retard ou d'un changement de destination. Un de nos adhérents ne part plus à la pêche sans son portable depuis qu'il a marché plus de 300 mètres dans les rochers avec une cheville foulée à la suite d'une glissade...

Enfin, ne jamais perdre de vue que l'endurance humaine a ses limites qui peuvent se révéler handicapantes en cas de brusque changement d'environnement ; les pêcheurs récréatifs ne sont ni des athlètes de haut niveau ni des commandos de marine. Après quelques heures passées dans le froid la pluie le vent, à lancer plusieurs centaines de fois son leurre favori ou à guetter la touche, les réflexes et les ressources musculaires ne sont plus au mieux de leur condition. Ne pas hésiter à prévoir des aliments, des boissons froides et/ou chaudes. Cela aide à prévenir la fringale, le « coup de bambou » et à préserver la sérénité nécessaire.

 

Les risques spécifiques à la pêche au leurre

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Le pêcheur au leurre a ceci de particulier qu'il fréquente beaucoup les secteurs rocheux et se déplace beaucoup. Souvent équipé de son sac à dos il « courre » de pointe en pointe à la poursuite de chasses ou à la recherche de la bonne «passe».

Or le déplacement dans les rochers présente un important risque : la chute. S'il est à peu près évident qu'entre deux spots le pêcheur fait « naturellement » attention, il ne faut jamais oublier que là où il est le plus exposé, c'est sur le rocher depuis lequel il lance.
 
Le choix du poste
Dans la mesure du possible établir un « camp de base » en hauteur où vous laisserez en sécurité tout ce qui n'est pas strictement nécessaire pour l'exploration de votre spot : n'emportez sur votre rocher que le strict minimum. On a souvent vu de cocasses séances de pêche au sac à dos ou à la boîte de leurres.

  • Dans la mesure du possible évitez le rocher qui a les «pieds dans l'eau». Préférez celui qui est légèrement en retrait, à l'abri derrière un autre qui viendrait casser une éventuelle déferlante. Nous savons tous que même par temps calme, avec une périodicité relativement régulière, une courte série de vagues atypiques viennent s'écraser au bord : plus hautes, plus lourdes que toutes les autres, elles peuvent surprendre le pêcheur concentré sur l'animation de son leurre et l'exploration de la peau de l'eau derrière ses lunettes polarisantes ;
  • Evitez le rocher trop pentu ou trop irrégulier. C'est votre subjectivité qui doit vous guider. Si vous ne vous sentez pas totalement à l'aise sur un rocher, ne le choisissez pas ; 
  • «Visitez» votre caillou dans tous les sens avant même le premier lancer pour en repérer les lignes de pente, contours et éventuelles zones glissantes ; 
  • Ne pas «appuyer» vos premiers tirs.  Lors de vos premiers lancers prenez le temps de confirmer les impressions recueillies à votre arrivée. Concentrez-vous plus sur vos sensations que sur votre leurre : en particulier il est important de rester «à l'écoute» de vos pieds et d'évaluer le travail qu'ils doivent réaliser en cours de lancer pour maintenir l'équilibre. Ce sont eux qui vous «diront» de quelle marge de sécurité vous disposez : si vous sentez vos orteils effectuer à chaque lancer un travail de correction important, c'est que votre rocher est potentiellement dangereux. 
  • Ne pas négliger le vent. Une bourrasque soudaine de dos en plein lancer peut mettre n'importe quel pêcheur à genoux (je peux en témoigner).
     

En résumé, il convient de choisir un poste:
 Facile à évacuer en urgence;
 Non directement exposé à une éventuelle déferlante;
 Sur lequel on se sent ferme sur ses appuis.

 

Les accessoires utiles voire nécessaires
Même si on est bon nageur, il peut être utile de prévoir un gilet de sauvetage : De lui seul peut dépendre le fait qu'une chute à la mer sera un incident sérieux ou une tragédie.

En cas de chute à l'eau il vaut mieux concentrer toute son énergie sur le retour au rocher sans avoir à s'occuper de sa propre flottabilité. Si la chute est consécutive à un premier choc sur le caillou, l'absence de gilet compromet très sérieusement les chances d'issue heureuse.

Il existe des modèles de ceintures de sauvetage à déclenchement automatique en cas de chute. Cet équipement reste relativement onéreux mais comment évaluer le retour sur un investissement qui vous a sauvé la mise voire la vie?

Toujours prévoir une sérieuse pince coupante. Un triple fiché dans un doigt ou un lobe d'oreille doit pouvoir être sectionné au plus vite pour éviter que, sous l'action conjuguée du poids du leurre et de la traction exercée par la tresse ou le nylon, l'ardillon provoque de graves déchirures des tissus. Les hameçons ayant la fâcheuse habitude d'aller se piquer dans les extrémités, il peut également être utile de se munir de 2 ou 3 pansements hémostatiques pour endiguer une éventuelle hémorragie.