Communiqué de Presse du Collectif Bar Européen

Pêches de loisirs : entre rendement et ressource, à chacun ses priorités

Notre communiqué ci dessous a été repris in extenso dans Le Marin du 21 aout et a servi d'ossature à un dossier complet sur la pêche récréative.

Certaines déclarations publiques publiées ici ou là laissent entendre que « les pêcheurs récréatifs » sont en désaccord voire même furieux avec les mesures d’encadrement issues du Grenelle de la mer ou tout simplement de bon sens. Les tensions sur la ressource ont provoqué des tensions évidentes dans le milieu professionnel. Comment la pêche récréative aurait-elle pu échapper à ce processus ? Dans ces conditions, évoquer l’ensemble des pêcheurs récréatifs sous le vocable « les amateurs » semble pour le moins erroné et abusif. Ce monde n’a jamais été uni, ne s’est jamais rallié sous une quelconque bannière représentative (la Fédération « officielle » ne compte qu’une vingtaine de milliers d’adhérents pour près de deux millions de pratiquants). Après le Grenelle de la mer, on peut dire qu’il est moins que jamais homogène.

 

On a d’un côté le faux angélisme conservateur et de l’autre le réalisme qui assume.

Le premier affirme à qui veut l’entendre que l‘ensemble de la pêche récréative ne représente que 2% du tonnage réalisé par les professionnels, minimisant ainsi son impact sur les ressources et par là même demandant implicitement que soit minimisés les mesures éventuelles d’encadrement de ses propres pratiques. Rappelons que cinq espèces représentent la moitié des captures de la pêche professionnelle française : L’albacore (63 000 t), le listao (55 000 t), la sardine (40 000 t), le hareng (40 000 t) et la coquille Saint-Jacques (27 000t). Qui a déjà croisé un récréatif ayant capturé un volume significatif des quatre premières? Ce fameux 2% ressassé à l’envie n’a alors aucun sens. En fait, pour les tenants de l’angélisme conservateur ce pourcentage est devenu le seul argument qui masque un farouche combat pour le maintien de privilèges hérités d’une ordonnance royale de 1681, pour le rejet de toute contrainte réelle quand ce n’est pas pour l’extension des droits (comme on l’a vu récemment avec les filets droits ou l’abrogation du décret du 21 décembre 1999), tout en faisant assumer à la pêche professionnelle 98% des problèmes liés à la gestion des ressources marines.

Les réalistes pour leur part regardent les espèces sur lesquelles il y a concurrence entre pêche récréative et pêche professionnelle (bar, daurade, sole, maquereau, cabillaud, coquillages et crustacés…) et se rendent bien compte que leurs pratiques ne comptent pas pour rien. Ils admettent  même confusément que les tonnages prélevés ne sont pas neutres (en fait la pêche récréative française ne représenterait rien moins que 29000 tonnes selon les dernières enquêtes, ce qui la place devant les tonnages débarquées en 2008 à la criée de Lorient, la seconde de France). Ils admettent et ils assument !

Le fait de ne pas continuer à traquer une espèce quand elle est interdite ou limitée par quotas aux professionnels ne provoque pas chez eux de crise d’urticaire.

Ils ne raillent pas non plus la mesure quand un arrêté impose de couper la nageoire caudale du poisson que l’on entend garder, pour lutter contre le braconnage et la vente illicite - LA plaie du monde récréatif (certes pratiquée par une infime minorité mais qui cristallise la rancœur des pros). Ainsi, sous prétexte que la raie ne possède pas de queue,  un délégué régional de la fédération « officielle » a récemment exprimé dans la presse son doute sur cette mesure (mesure qui au passage faisait paradoxalement partie des revendications de cette fédération au cours du COMOP 12 du Grenelle de l’Environnement). Qu’il se rassure, ajouter deux virgules encadrant une « exception raie » doit faire partie du possible…

Lorsqu’il s’agit de limiter le prélèvement journalier pour la pêche en bateau des espèces dont les stocks sont mal en point (notamment la morue), là encore notre délégué monte au créneau ! Comment peut-il contester cette mesure, alors que le comité dont il assure la présidence se prononce parallèlement sic « sur la mise en place d'une telle mesure dès qu'une espèce est menacée et que le problème est scientifiquement avéré, (exemples de la morue, de l'anchois, du thon rouge.) »? En quoi cette limitation est elle un frein à la pratique de la pêche de loisir ? Estimer que ce n’est plus la peine d’aller à la pêche dès lors qu’on ne peut plus garder autant de poissons qu’on le désire sous-entend une logique de rentabilité (pêcher le maximum pour amortir le bateau et le carburant !) en contradiction totale avec la notion de loisirs telle que nous la concevons. 10 morues par bateau et par jour, représente a minima 5kg de poisson, quantité insuffisante apparemment pour les défenseurs de la sacro-sainte « consommation familiale ». Ont-ils réellement besoin de plus pour satisfaire leur loisir et leur consommation?

 

Il est plus que temps que les pêcheurs récréatifs prennent leurs responsabilités et tournent le dos aux slogans aux relents poujadistes agrémentés de démagogie. L’heure n’est plus au corporatisme étroit ni aux déclarations d’intention. La pêche récréative doit se donner les moyens en termes de crédibilité de coexister avec la pêche professionnelle dans le respect mutuel, et de partager les efforts à faire dans un souci de durabilité de leurs activités respectives. Ce n’est qu’à partir d’un constat commun que professionnels et récréatifs pourront sortir de la situation de défiance et d’affrontement larvé qui prévaut actuellement sur le littoral, dont la vraie perdante sera à terme la ressource halieutique.

Pour en savoir plus :

http://www.lamanchelibre.fr/Peche-de-loisir--les-amateurs-sont-furieux,1.media?a=3734

http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-locale/Picardie-Maritime/La-peche-de-plaisance-limitee

http://fnppsf.fr/derniere-minute/presse/arrete-A48-manche-et-mer-du-nord.htm

http://www.chtipecheur.com/post/405-quotas-des-professionnels-et-la-peche-de-plaisance

http://www.dunkerque.maville.com/actu/actudet_-Plaisanciers-Stop-aux-quotas-car-la-peche-loisir-est-en-danger-_loc-936252_actu.Htm

http://www.cpml50.fr/6.html